Je suis allé me balader dans les bois de Vincennes avec Christophe de Hody, naturopathe, herboriste et botaniste de terrain, fondateur de la chaîne YouTube Le Chemin de la Nature. En 5 mètres carrés de sous-bois, il m’a montré plus de dix plantes comestibles ou médicinales. Voici les cinq que j’ai retenues et que vous pouvez commencer à reconnaître dès maintenant.

1. L’ortie  protéines végétales complètes et anti-inflammatoire puissant

L’ortie est la première plante à maîtriser si vous débutez dans la cueillette sauvage. Elle pique, donc vous ne pouvez pas vous tromper. Et c’est la plus intéressante sur le plan nutritif.

40 % de protéines du poids sec. C’est comparable à la viande rouge en proportion, et ces protéines contiennent les huit acides aminés essentiels en proportions équilibrées c’est-à-dire une qualité protéique égale à celle d’un produit animal. Elle est aussi chargée en vitamines B et C, en fer, et elle a des propriétés anti-inflammatoires et anti-allergiques documentées.

Pour la manger sans se piquer, deux options. Crue : vous l’écrasez entre les doigts pour casser les poils urticants, puis vous la mixez en smoothie ou en pesto avec de l’huile, de l’ail et un peu de vinaigre de cidre. Cuite : chauffée à la vapeur, sautée à la poêle ou intégrée dans une soupe, les poils deviennent totalement inoffensifs  le goût rappelle les épinards.

Les jeunes pousses de printemps sont les meilleures, mais on en trouve en quantités exploitables à l’automne aussi. Cueillez toujours les sommités, les 4 à 6 premières feuilles du haut.

2. Le pissenlit, un légume et un médicament dans votre jardin

Vous le connaissez depuis l’enfance comme une mauvaise herbe. Il mérite une reconsidération complète.

Toutes les parties du pissenlit se mangent. Les feuilles en salade ou cuites comme des épinards  si l’amertume vous gêne, faites-les mijoter avec des pommes et un peu de vinaigre de cidre, l’amertume disparaît. Les boutons floraux revenus à la poêle deux minutes. Les fleurs directement. La racine coupée en morceaux, revenue à la poêle avec de l’huile et du sel pendant 10 à 15 minutes : ça a un goût de frites, en plus aromatique. Et si vous torréfiez la racine au four à 180° jusqu’à ce qu’elle devienne brun foncé, puis que vous la broyez, vous obtenez un café de substitution sans caféine.

Sur le plan médicinal, le pissenlit est un tonique digestif reconnu : il stimule le foie, la vésicule biliaire et les sécrétions de l’estomac. C’est aussi une plante diurétique, utile pour prévenir les calculs rénaux ou éliminer les acides en cas de problèmes articulaires. En infusion : feuilles séchées dans de l’eau chaude, 10 à 20 minutes, trois tasses par jour. En décoction pour la racine : bouillir 10 minutes, infuser 10 minutes.

3. Le lierre terrestre  aromatique, antiseptique et remède aux bronchites

Le lierre terrestre se reconnaît à ses petites feuilles rondes crénelées et surtout à son odeur : froissez une feuille entre les doigts, ça sent la menthe mêlée aux agrumes avec une note sous-bois. Cette odeur est immanquable. Si vous avez un doute entre le lierre terrestre et une autre plante à feuilles rondes violette, ficaire  l’odeur tranche immédiatement.

C’est une plante de la famille des lamiacées, comme la menthe. Elle se reproduit par stolons et couvre le sol en tapis : là où elle pousse, elle pousse en abondance.

En cuisine, vous l’utilisez comme de la menthe : ciselée finement sur des champignons, mixée avec du jus de pomme, ou intégrée dans un pesto. En médecine traditionnelle, elle a deux usages principaux. En externe : antiseptique et cicatrisante pour les plaies et les irritations cutanées. En interne : anti-inflammatoire des bronches et expectorante  elle aide à évacuer les mucosités lors d’une bronchite. C’est au printemps, quand elle est en fleurs, qu’elle est la plus active pour les affections bronchiques.

4. Le gaillet gratteron  le jus détox du fossé

Cette petite plante s’accroche aux vêtements grâce à ses poils en crochet vous la connaissez sans doute pour ça. Elle est comestible, mais ses poils la rendent désagréable à manger telle quelle. La solution : le jus. Mixez la plante avec de l’eau à l’aide d’un mixeur plongeur, puis filtrez à travers un tissu fin ou une étamine. Vous extrayez ainsi toutes ses molécules actives sans subir la texture.

Le gaillet gratteron partage des propriétés avec le pissenlit : c’est un diurétique efficace qui stimule l’élimination rénale. Pour une cure légère de drainage au printemps, c’est une plante facile à trouver en quantités importantes dans les fossés, les haies et les lisières.

5. La berce commune  légume, condiment et aromate tout en un

La berce commune est une grande plante des bords de chemin et des prairies humides. Elle est vivace, ce qui signifie que si vous en avez dans votre jardin et que vous passez la tondeuse dessus, elle repousse aussitôt en jeunes pousses tendres.

Trois parties utilisables. Les feuilles : mangées comme un légume, revenues à la poêle ou en pesto (huile, sel, ail). La racine : très piquante, elle s’utilise comme condiment pour relever les plats, pas comme légume à part entière. Les fruits secs : aromatiques, avec une note d’orange amère, ils permettent de faire des sirops, des boissons fermentées, ou de caraméliser comme une épice sucrée-amère.

Attention : la berce commune ne doit pas être confondue avec la berce du Caucase, une espèce invasive dont la sève provoque des brûlures graves au contact du soleil. La commune est la plus répandue en France, mais apprenez à les distinguer avant de cueillir.

Par où commencer concrètement

Christophe de Hody donne un conseil simple : allez-y progressivement. Commencez par l’ortie  elle pique, impossible de se tromper. Maîtrisez-la. Ajoutez le pissenlit. Ensuite le lamier pourpre, reconnaissable à sa tige carrée et ses petites fleurs en gueule de loup. Puis la berce, le gaillet, le lierre terrestre. Chaque plante que vous maîtrisez ouvre un tiroir de connaissances sur sa famille botanique.

Une généralité utile pour commencer : toutes les plantes de la famille des astéracées qui produisent un latex blanc quand on casse leur tige (pissenlit, laitue sauvage, liondent…) sont comestibles. Ce seul principe vous donne accès à un large panel de plantes sans risque.

La formation en ligne de Christophe de Hody sur Le Chemin de la Nature couvre l’identification terrain, les recettes culinaires et les usages médicinaux pour des dizaines de plantes. Si vous voulez structurer cet apprentissage, c’est une ressource sérieuse. Le lien est dans la description de la vidéo sur la chaîne YouTube Citoyen Prévoyant.

La nature est généreuse. Tout ce qu’on vient de voir poussait en liberté dans 5 mètres carrés de bois. Apprendre à le voir, c’est changer de regard sur les ressources disponibles autour de vous.


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